
Comme à chaque élection présidentielle américaine, l’ensemble de la classe médiatico-politique française se lance dans une croisade délirante en faveur de l’un ou l’autre des deux candidats, multipliant ouvrages pompeux sur « l’Amérique » du candidat démocrate (celle de son adversaire, les « ploucs » du sud et autres commandos anti-IVG selon la traditionnelle image d’Epinal, intéresse rarement nos politologues), publiant éditoriaux et chroniques idolâtrant celui qui va « changer » l’Amérique (et donc la face du monde). Et comme à chaque fois, c’est le candidat démocrate qui est choisi (donc le camp du Bien contre le Mal crypto-fasciste et obscurantiste chrétien). Le crû 2008 posa un réel problème de conscience aux faiseurs d’opinion de l’hexagone : au paradis libéral multiracial et paritaire, que choisir : une femme ou un métis ? C’est le second qui remporta l’investiture démocrate : Barack Hussein Obama Jr. Et depuis lors, jamais aucun prétendant à la Maison Blanche n’a joui d’autant d’audience dans notre pays, célébré comme s’il était déjà élu, éclipsant totalement le candidat républicain (Mac Donald, Mac Gyver, Mac quelque chose…), accueilli en chef d’Etat à l’Elysée et j’en passe.
Cette hystérie collective pro-Obama me donne l’occasion de rappeler à tous ces brillants experts/journalistes/hommes politiques français qui s’enthousiasment bizarrement (habituellement, c’est plutôt l’anti-américanisme de fond de tiroir qui prévaut) pour le « rêve américain » cosmopolite : Barack Obama n’a strictement rien à faire du soutien de BHL et des pisse-encre du Monde. Première chose. Deuxièmement, que ce soit l’un ou l’autre qui remporte la bataille électorale de novembre prochain, cela ne va pas changer d’un iota (ou alors certes d’un iota, pas plus) la politique étrangère américaine, guidée par le même messianisme universaliste depuis des années, fondée sur la croyance en un statut de « peuple élu » aux valeurs destinées à s’imposer partout dans le monde (c’est le « 21ème siècle américain »). Les Américains ont été habitués par leurs gouvernants à considérer leur pays comme la deuxième Jérusalem, censée rayonner sur le monde par le biais des « guerres humanitaires » (sic). Les racines de cette philosophie ne sont pas à chercher bien loin, l’histoire des Etats-Unis nous en fournit l’explication : la nation américaine a été fondée par des pionniers, les puritains britanniques, qui fuirent la Great Persecution dont ils étaient victimes au 17ème siècle. D’où l’éternelle mentalité d’assiégés que les gouvernants américains prennent soin de raviver dans le peuple américain afin de justifier les guerres successives censées chasser du pouvoir des « tyrans » étrangers qui auraient représenté une menace directe pour « l’Amérique » et ses valeurs (hier Saddam Hussein ou les patriotes serbes et demain Mahmoud Amadinejad). Cette vision du monde imprègne profondément l’inconscient collectif outre-Atlantique, et ni Barack Obama ni John Mac Cain ne peuvent changer cet état de fait. C’est la raison pour laquelle nous n’avons rien à gagner à porter un quelconque intérêt partisan à ces élections dans lesquelles tout est joué d’avance : cela ne changera rien à la politique expansionniste américaine qui vise à faire imploser l’Europe en favorisant ses dissensions internes (par le biais de l’Angleterre, cinquième colonne de l’Oncle Sam sur le continent, ou via les pays de l’est, vassaux des Etats-Unis depuis Yalta – chose constatée à l’occasion de la guerre en Irak), qui tend à saboter l’avènement d’une Europe fière de son identité plurimillénaire et de ses racines chrétiennes en soutenant l’entrée de la Turquie dans l’UE, qui vise à empêcher la constitution d’une Europe-puissance en détournant notre attention du cousin russe et qui, sur le plan économique, considère les Européens comme autant de « cerveaux disponibles » et de caddies dociles. La seule ambition des Européens vis-à-vis des Etats-Unis devrait être d’en finir avec la tutelle diplomatique et commerciale du « grand frère » américain ; la constitution d’une Europe-puissance, de Lisbonne à Moscou (qui devrait redonner confiance en l’Europe aux pays de l’est) ; le retour à la souveraineté du politique sur le libre-échange et donc la mise en place d’un protectionnisme européen ; l’affirmation sans faille d’une Europe chrétienne : plutôt les Serbes que l’islam turc ou le protectorat américain, soit les nôtres avant les autres !
Par conséquent, pour nous autres patriotes européens, John Mac Cain ou Barack Obama c’est the same shit as usual comme diraient nos amis américains.
Julien Langella
This entry was posted on Jul 30, 2008 at 15:49:44 and is filed under Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed, or leave a response (below) .
Comment on dit déjà?? Ah oui juste parfait! ;.)
Très bon article et très bon analyse comme d'habitude de la part des Identitaires.
Méfions nous également dans le milieu de notre fâcheuses tendance à vouloir se prononcer sur les enjeux géopolitiques et donner son avis sur les USA, Israel, l'Irak, l'Iran, l'alliance entre l'Inde et la Russie, le Vénézuéla...c'est-à-dire sur des sujets sur lesquels nous n'avons aucune prise et aucune capacité d'action.
Cela est révélateur de notre impuissance. J'ai remarché sur d'autres sites (altermedia par exemple) une obsession à se prononcer sur la politique étrangère des USA (tout le monde a un avis sur l'Iran ou les relations entre la Syrie et le Liban !!) alors que l'on arrive pas à s'opposer à la construction d'une mosquée dans une ville d'Ile-de-France ou à monter une section de militants.
Il y a dans les milieux un certain refus du réel qui se traduit parallèlement par une obsession pour la politique étrangère.
Avec buchanan comme président, je suis sur que l'amérique aurait une meilleure politique extérieure, voire intérieure. Et surtout qu'elle aurait meilleure réputation politique.
Ce qui se passe en tout cas avec obama est analogue à ce qui a eu lieu avec kerry en 2004.
D'acccord avec Julien Louise et même Aurélie.
Encore!
Le Mouvement social européen a pour vocation de rendre les Européens à nouveau maitres en Europe : en "pensant globalement" certes, mais pour mieux "agir localement", et surtout pas s'en dispenser.
Les considérations d'ordre géopolitique ne doivent pas se transformer en autant
d'alibis justifiant l'inaction locale.
Bravo à Julien Langella pour son article, et à Louise pour ses remarques de bon sens.
Que ça vous plaise ou non, il faut choisir son adversaire, le croissant ou les étoiles, en aucun cas les deux. Mon choix est fait. Et même les identitaires le savent, la conquète est le moteur de l'histoire.
Les commentaires sont fermés pour cet article.